La Libre : La mobilité en mouvement

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Le prix du pétrole pousse de nombreuses personnes à se tourner vers des modes de déplacement alternatifs. Où la voiture se partage et se complète.

Par Gilles Tousaint
Lancé ce mercredi, le projet "e-bike2station" (lire repères) entend démontrer une fois de plus qu’il existe des alternatives à l’autosolisme pour un certain nombre de déplacements quotidiens. L’expérience, certes très limitée, trouvera une résonance particulière dans un contexte où l’envolée structurelle des prix du carburant amène de plus en plus d’usagers à rationaliser leurs déplacements, tant dans le nombre que dans le mode. "La tendance actuelle valorisée dans la société reste celle de l’hypermobilité, qui se traduit notamment par une hausse de la mobilité liée aux loisirs. Selon moi, c’est davantage lié à la pression sociale en faveur du mouvement et de la vitesse qu’aux aspirations réelles des gens", relève Celine Tellier, chargée de mission Mobilité chez Inter-Environnement Wallonie.

Néanmoins, poursuit-elle, certains glissements sont perceptibles, comme le montre la progression constante de la fréquentation des transports en commun. "Une étude française a mis en évidence que l’image sociale de la voiture recule et qu’un imaginaire multimodal est en train de se construire, où l’auto devient un mode de déplacements parmi d’autres. Plus intéressant encore, une autre étude montre pour la première fois une diminution marquée de l’usage de la voiture dans les agglomérations françaises de plus de 100 000 habitants !" Une évolution qui s’explique par la mise en place de politiques publiques volontaristes, les prix de l’énergie et la progression des préoccupations environnementales.

Pas à pas, les initiatives se multiplient pour optimiser l’usage des véhicules. "On s’oriente d’une économie de la possession vers une économie du partage axée sur l’offre de nouveaux services et un retour de l’intérêt pour l’accessibilité plutôt que la mobilité à tout crin. Cela passe par une refonte de l’aménagement du territoire pour mettre fin à la dispersion, mais aussi par le développement des modes de transport alternatifs".

Lancé il y a 10 ans, le système de carsharing Cambio rencontre ainsi un succès grandissant dans notre pays et compte aujourd’hui plus de 14 000 utilisateurs. Complémentaire aux transports publics, Cambio est bien adapté au milieu urbain, mais plus délicat à transposer dans les zones où la densité de population est moindre et la rentabilité plus difficile à atteindre. Or, comme viennent de le rappeler des chercheurs de la KULeuven et de l’ULg, la faiblesse des transports dans les zones rurales est un facteur qui participe à l’exclusion de certaines franges fragilisées de la population en compliquant leur accès aux commerces, au travail, aux services d’éducation et de soins, etc.

"D’autres formules de covoiturage plus adaptées à ces zones existent, mais il faut un soutien accru des pouvoirs publics pour les faire connaître et les aider à passer à un niveau quantitativement plus intéressant. Des mesures simples et peu coûteuses comme l’accès à des zones d’embarquement sécurisées ou la réservation d’une bande des autoroutes aux véhicules transportant au moins deux passagers peuvent par exemple être mises en œuvre" souligne Céline Tellier. Celle-ci insiste également sur la nécessité repenser une fiscalité qui "reste trop favorable à la voiture" en réorientant prioritairement les recettes qui en sont issues vers des infrastructures de transport public offrant une vraie plus-value en termes de services aux citoyens.

"Si l’on compare la période du 1er janvier au 30 avril 2012 à la même période en 2011, on observe que le nombre de visiteurs de la base de données Carpoolplaza a augmenté de 40 %", commente de son côté, Sandrine Vokaer, chargée de projet au sein de l’ASBL Taxistop - la coupole qui rassemble diverses initiatives encourageant la mise en commun de certains biens. Une preuve s’il en est, de l’intérêt croissant pour cette approche. Cet été, celle-ci ajoutera d’ailleurs une corde à son arc en lançant le site "eventpool.be" qui a pour but de faciliter le covoiturage lors d’événements culturels comme des festivals ou des concerts. Celui-ci s’ajoutera à la plateforme "eurostop.be", un système de lift international, et à sa cousine "schoolpool.be" qui facilite le carpooling dans les écoles. A la manière de ce qui existe en Flandre dans le cadre du projet Autodelen, un système de carsharing privé est également à l’étude pour la Wallonie. Dans ce cas de figure, soit un particulier loue son véhicule lorsqu’il n’en a pas l’utilité, soit un groupe de personnes s’associent pour acheter un véhicule et se partager son utilisation.

De leur côté, les ASBL "Voiture à plusieurs" (VAP) et Covoitstop offrent des outils qui permettent d’organiser un "auto-stop de proximité" entre les habitants d’un même quartier ou d’une même commune. Actives dans le Brabant wallon et la région de Sprimont (en province de Liège), les deux initiatives recensent ensemble plus de 3000 inscrits. Elles travaillent en collaboration avec des administrations communales qui mettent en place des points d’embarquement entre auto-stoppeurs et automobilistes préalablement inscrits sur le réseau et identifiés à l’aide d’une vignette apposée sur leur véhicule. La formule a assurément sa place dans le "porte-clefs de la mobilité", mais son efficacité repose sur l’étendue du réseau qui va se tisser. Le chemin est entamé, mais la route encore longue.

Voir en ligne : [http://www.ieb.be/La-Libre-La-mobilite-en-mouvement]

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